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Des vieux moments viennent me saluer d'un déluge de couleurs, d'odeurs, contours de la tour de Londres ou bien citronnade sous un tilleuil picard; ils réclament de nouveaux petits frères, de nouvelles aventures chaudes et douces, et je traine mes talons sur un pavé endormi. [ STOP ]
Je m'en rend compte, que ce blog est un dépotoir à souvenirs. Stupide: en me relisant, voilà que je prend conscience d'une chose; je montre une image de moi-même que je fausse sans le vouloir, celle de quelqu'un de perpétuellement tourné vers le passé. Alors que je flotte dans mon présent, sans même m'y mirer; alors que je lorgne ce futur aux contours incertains, mais si attirant...! Mais pourquoi s'efforcer à découper le temps, je me demande, lorsque tu te rends enfin compte que tout n'est qu'une continuité sans début ? Je me revois, gamine de 7 ans, au regard blessé et craintif des enfants habitués à se faire maltraiter par d'autres, ce regard aux cils emmêlés qui se lève doucement au fur-et-à-mesure qu'on l'apprivoise (va t-on me faire du mal, ou pas?). Quand, enfin, rassurée par la patience de mon adorable prof de chant, je déverrouillais ma voix, quel bonheur! Je pouvais exprimer tous les sentiments que je taisais par morne routine, et je n'étais plus une enfant, j'étais l'angelot de Mozart, la compagne de Figaro, l'amour du monde à l'état brut. J'aurais voulu la remercier, maintenant que j'ai gagné cette force, cette confiance en moi. Allongée sur le divan je me surprend à refaire mes vieux exercices de respiration, et mes gammes, la la la la. Je reprends ces vocalises là où je les avais laissées, dans un recoin de ma mémoire, le plus naturellement du monde. Peut-être cela ne veut pas dire grand'chose, mais je suis encore cette gosse, tout en ayant laissé derrière moi la mue de ce costume qui m'oppressait. Là, en chantant, je n'ai plus consciente du temps écoulé entre le moment où, pour la première fois, je laissai j'échapper la musique de mon âme, et maintenant. Le temps semble être une donnée discontinue tantôt imperceptible, tantôt lourde, s'imprimant plus ou moins dans l'espace. Là, je ne le sens plus. Plus rien n'a de limite, tout s'entremêle et se prolonge, passé, présent, futur, je suis ici et là-bas.

